Portrait N°10 : Yan-Ling Wang, chevrière tellurique

Yan-Ling Wang, chevrière tellurique

 

Avec le temps, l’herbe devient du lait (proverbe chinois).

L’Amazonie, antichambre de l’ici. Sans doute y a-t-il autant d’intime dans la géographie de chacun, que dans sa part d’histoire.  La vie nous inscrit dans l’espace autant que dans le temps, entre un carré de terre qui en appelle à l’immuable, et la rotondité du ciel où passent les jours, les nuits et les saisons qui nous renvoient à l’éphémère. En Chine, l’homme est d’ici et maintenant ; il naît non pas quand il voit le jour, mais quand il a compris que l’horizon le fuit au fur et à mesure qu’il s’en rapproche. Il s’arrête et regarde le soleil, les nuages ou les étoiles et devine que sa quête d’infini appartient plus surement à son regard qu’à son pas.

Maintenant, Yan-Ling Wang est d’ici. Pour l’état civil elle née à Pékin. Pour une autre vie, elle se destinait à enseigner l’anglais. Mais dans cette ville de 21 millions d’habitants, grande comme l’Ariège et l’Aude réunies, elle n’était pas encore de ce monde et ce, de façon d’autant plus inexplicable que rien dans sa généalogie, ni dans son enfance ne vient expliquer l’irrésistible besoin de nature qui la pousse à se rendre…  dans la forêt Amazonienne. Loin, très loin du parc Dongxiaokou aux espaces verts paysagés par des jardiniers fonctionnaires, à cinq heures de pirogue du village le plus proche, elle découvre la France sous forme de Guyane, le travail de la terre et la permaculture.

 

La frise dentelée du soleil sur le monde. La vérité de la nature sera son ciel. Son horizon, elle l’arrêtera en métropole où elle arrive en 2011 et s’initie au mystère du fromage. Six ans d’apprentissages divers, et puis un jour, une petite annonce dans un journal spécialisé. Elle se souvient et sourit : « Tiens, il y a quelqu’un qui me cherche », se dit-elle en découvrant l’appel de la mairie d’Auzat en quête d’un éleveur pour pérenniser une ouverture paysagère à Olbier. Quatorze habitants. Loin de Pékin.

Yan-Ling s’installe avec le soutien de la mairie qui adosse sa détermination à celle du Parc naturel. Elle choisit les chèvres. Un modeste cheptel. Des « Pyrénéennes », autochtones et têtues, mais un peu chiches en lait. Alors, Auzat tout entier se cotise pour lui offrir un complément de troupeau. Des vaches aussi. Yan-Ling Wang conjugue ce qu’elle sait, à ce qu’elle est : modeste. Elle apprend encore. Un ancien lui confie la recette de la légendaire tomme d’Auzat. D’elle ou de l’Ariège, on ne sait qui a découvert l’autre.

Aujourd’hui, pour expliquer sa place et sa joie de l’avoir trouvée, elle appuie son regard sur la frise dentelée que le soleil fait aux arbres. L’horizon ne la fuit plus. Elle est d’ici, au point de se permettre

d’amener un peu d’ailleurs : son fromage de chèvre fait désormais la réputation du village. Il a le parfum du Monde qui est entrée par la porte méconnue des rencontres heureuses que l’Ariège sait ménager à ceux qui la respectent. Elle était venue chercher l’espoir : elle en donne.

« Ce n’est pas du travail, c’est du temps », glisse Yan-Ling pour expliquer qu’entre terre et ciel chaque jour est une renaissance. La juste place de chacun est tellurique.

Philippe MOTTA

 

Yan-Ling WANG
La Ferme de Freixeda,
Olbier
09220 AUZAT – 06 29 48 56 98

Retrouvez l’ensemble des portraits de la webchronique 1968-2018 Au-delà des utopies, portraits de ceux qui ont créé le futur (http://www.parc-pyrenees-ariegeoises.fr/visitez-le-parc/saveurs-et-artisanats-dici/webchronique-1968-2018-dela-utopies-portraits-de-ont-cree-futur/)