Portrait N°6 : La vannerie traditionnelle de Nicole Roobaert

Du tissage au tressage : la fibre « camarade »

Les invités du Mas d’Azil. L’Ariège de l’après 68 ? Les hippies, les babas ? Nicole Roobaert ne sait pas, elle n’a que des histoires de copains à raconter. Son Saint-Germain, c’était « chez Tourrette », bougnat légendaire de la rue de Grenelle, dans le VIIème, où Antoine Blondin taquinait le petit salé. Une joyeuse bande que fréquente une native du Mas d’Azil qui, quelques années plus tard, à l’heure où les décisions d’adulte doivent se prendre, agrège la fine équipe autour d’un projet de vie somme toute assez simple : quitter Paris. C’est à peu près ainsi qu’en 1975, l’institutrice Nicole Roobaert arrive elle aussi au Mas d’Azil avec Marco Dumont, son compagnon. Ils dégottent une vieille bâtisse dans un hameau dont le nom suffit à résumer l’aventure qui se dessine : « Camarade ». Ils se sentent à leur place : « On savait déjà que, pour nous, la vie n’était pas dans les villes ». Ecolos ? « A l’époque on ne connaissait pas le mot ». En revanche ils étaient déjà passés de l’intuition à la conscience selon laquelle face à la nature, l’homme doit se comporter en invité et non en conquérant.

Entre chèvre et cornouiller : l’univers est dans son jardin. En Ariège, ils se mettent au diapason d’un territoire qui ne les attendait pas forcément. Ingénieur, Marco se met à la charpente. Nicole découvre la vannerie traditionnelle ariégeoise et ses multiples nuances. Elle fait des stages chez les artisans qui subsistent, et s’initie aux techniques et matériaux qui changent d’une vallée l’autre : « le noisetier dans le Saint-Gironnais, l’osier et la canne de Provence dans le Plantaurel… ». Elle se découvre un univers au bout des doigts. Mais le réalisme l’oblige à d’autres choix. En 1983, une amie leur parle d’une variété de chèvres angora adaptée au climat canadien. C’est le déclic. Nicole et Marco partent au Québec et reviennent avec une centaine de biquettes flanquées de deux boucs ardents. Ils apprennent et réussissent à produire « made in Ariège » la laine alors à la mode. Filée à Péronne, tissée à Castres. C’est le succès : production de laine, de vêtements ; visites pédagogiques de la ferme… L’aventure durera plus de trente ans. Aujourd’hui, les chèvres sont toujours visibles sur le domaine, mais d’autres yeux, d’autres mains veillent sur elles.

 Nicole a retrouvé dans ses doigts, le plaisir de la fibre végétale. Elle revient à ses premières amours et se donne aujourd’hui à la vannerie traditionnelle. Lianes, ronces, cornouiller, noisetier, châtaignier… elle multiplie les matières et les couleurs. Comme elle l’a fait pour ses chèvres, elle veut transmettre, et organise des stages. Toujours ouverte, leur ferme abrite un petit musée, salle d’exposition et de démonstration. Nicole Roobaert n’a jamais un mot plus haut que son intention. « Nous avons vécu sur la ligne de nos motivations. Recevoir des hôtes, c’est une façon de militer pour le respect de la planète ». Elle a compris que l’univers commence dans son jardin. L’esprit « Camarade ».

Philippe MOTTA

 

Nicole Roobaert
Les Moulis – Camarade
09290 Le Mas d’Azil
05 34 01 74 42
nicolevanniere@shdnet.fr
www.produits-parc-pyrenees-ariegeoises.fr

 

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