Portrait N°3 : Anne Larive, confiseuse de saveurs nature

Le goût de la montagne

Du montreur d’ours à l’oiseau-mouche. Elle a la fraîcheur et les couleurs du colibri. Anne Larive pétille et associe volontiers ce petit oiseau butineur à ce qu’elle entend signifier. C’est une métaphore. Le colibri est une référence explicite à la parabole portée par Pierre Rabhi, pionnier de l’agriculture bio, où il est dit en substance que, si infime soit son geste, le plus petit des êtres peut apporter sa contribution solidaire à une cause immense : la terre est un jardin, et aucun effort n’est vain pour en prendre soin. Modeste, Anne Larive ne cherche pas à améliorer le monde, elle s’applique à faire avec, dans le plus grand respect de sa pérennité. Pourtant, rien dans sa généalogie n’indiquait cette inclination. Descendante d’un montreur d’ours d’Ercé exilé aux Etats-Unis, arrière-nièce d’une dresseuse de tigres du cirque Barnum, on considèrera  que si elle avait suivi cette genèse circassienne, elle se serait tenue en marge de la piste pour y vendre des pommes d’amour. Plus prosaïquement, Anne Larive vient de la branche qui descend… de Paris.

La montagne comme un verger gourmand. En 1981, « un peu hippie », dit-elle, elle s’installe en Ariège. Ce n’était pas une terre inconnue pour elle qui avait assidument passé ses vacances à Ercé, berceau familial, donc. La nouveauté résidait dans la démarche qui la ramenait ici, non pour y cultiver des racines, mais plus sûrement une part d’elle-même.  Installée à Samortein, point culminant de la vallée de Bethmale, elle cherche. Elle étudie, fait des rencontres, des stages. Et des expériences jusqu’en Afrique… pour revenir encore chez elle, forte ce coup-ci de ce postulat patiemment intégré et sagement réfléchi : pourquoi aller chercher l’avenir ailleurs que dans son propre jardin ? Anne Larive lève les yeux et voit la montagne, sa montagne. Ce sera son verger. Il sera buissonnier, car la nature pourvoit à tout, fut-ce au pêché de gourmandise. Elle connait les plantes et leurs vertus, leur goût aussi, et se met à les transformer en confitures, pâtes et sorbets.

Confitures et sorbets de conscience. Bien sûr, elle tâtonne d’abord, et parvient finalement à trouver le point d’accord entre l’intégrité qu’elle se met en devoir de restituer aux plantes qu’elle transforme, et des techniques de confiserie dont elle récuse les penchants chimiques. Elle y parvient. Et ses sorbets et confitures 100 % bios et nature sortent en ordre divers au gré des saisons, d’un atelier qu’elle a créé à son image. Elle ne force rien, ni les saveurs ni les volumes. Elle est en quête d’un accord parfait entre la main qui fait et la plante qui exprime. Si l’on connait la myrtille, la framboise et la mûre, on ignore davantage le trèfle alpin, le bourgeon de sapin ou le sureau, sans parler du cynorhodon moins méconnu des amateurs de dictée que des gastronomes. Une trentaine de goûts qu’elle se refuse à assommer de sucre et dont la seule poésie du nom est déjà un voyage à savourer : reine des prés, mélisse, prunelle, fleur de châtaignier, agastache. Et, depuis sa terrasse, savourer la montagne en la contemplant.

Philippe MOTTA

Anne Larive
Samortein, 09800 BETHMALE
annelarive@orange.f
r
05 61 96 19 53
06 70 25 91 53
www.produits-parc-pyrenees-ariegeoises.fr

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